Julien
Malardenti est né le 02 Juillet 1974 à Angers.
Licence d'Arts plastiques en 1995 et Maîtrise d'Arts plastiques
en 1996. Nombreuses expositions en France.
Trace et imaginaire
L' imaginaire dans ma peinture se nourrit de l'expérience des
matériaux et des couleurs. L'évocation de l'homme et de son environnement y sont
récurrents, mais sous des aspects divers. Cette évocation passe par la
représentation du corps, les "personnages..." du paysage et des objets communs,
"chaise, fauteuil, pot, nature morte",... Ce ne sont pas des copies de la
réalité, mais plutôt des élaborations d'images : produits du souvenir, des
sensations et de l’imaginaire suscités par le réel. Le souvenir du corps et le
ressenti de mon propre corps conduisent l'image dans la peinture. L'anatomie qui
émerge est comme éprouvée. L'ambition est ici, de créer une image incarnée,
expressive. Elle renvoie à une réalité transformée. La figure émerge dans
l’acte, par le geste et la trace du geste. La déformation dont elle fait l’objet
obéit à la logique de l’imaginaire et de la trace, c’est à dire que ces deux
composants respectent des lois secrètes et indéchiffrables. Le changement
d’échelle, le choix de ne montrer qu’un fragment, la déformation, participent à
la mise à distance entre la représentation et ce à quoi elle réfère. Cet
éloignement effectif peut paradoxalement conférer une présence à l’image, tout
comme le travail ambivalent sur l’émergence et l’effacement d’une figure qui la
situe dans un réel intouchable mais là, de la même manière, je m'attache à
donner une existence physique dans la peinture, aux objets communs, de sorte
qu'ils seraient des doubles improbables, énigmatiques, de la réalité.
Laboratoire organique
La pratique de la peinture et du dessin est un travail de
laboratoire où des surprises apparaissent. Elle appelle et provoque l’intuition,
l’instinct, l’inconscient et nécessite de la mesure. Ce travail pictural navigue
entre la figuration et la contamination de cette figuration (obtenue par la
déformation). C’est le moyen qu’il met en œuvre pour échapper à l’enfermement de
l’idée et de sa simple réalisation. Le paradoxe de cette figure qui oscille vers
sa déflagration et sa reconstruction ne se résout que par le faire, jamais dans
l’application d’un concept. Les idées naissent pendant cette résolution
matérielle. Celle-ci représente un objet, un espace, un complexe organique, une
présence sans nom, qui était corps, ne l’est pas encore, ou est en train de
l’être.
La technique
Selon moi, la technique n'est pas une recette figée. Pour
peindre, j'utilise tout ce qui me permet d'apporter de la couleur et des
matériaux à un support. Je peux choisir un procédé et m'autoriser à le
transgresser selon l'orientation que prend la peinture. Je rejoins sur ce point
la réflexion de Francastel, selon lequel "la technique est créatrice", tout en
m'efforçant de ne pas céder à une tentation courante, une forme de complaisance
dans la technique et de séduction formelle. L'intérêt et le mystère de la
peinture résident sans doute dans la quête (révélation ?) d'une correspondance
entre ce qui est représenté et la trace de peinture elle-même. J'utilise dans ce
but des dilutions à l'eau ou bien à l'essence, acrylique, huile ; j'ajoute
parfois à la peinture des pigments, du charbon , de la terre, du sable. Il
m'arrive aussi d'incorporer à celle-ci des tissus ou des fragments de matériaux
divers. Le réel ainsi suscité entretient une relation équivoque et féconde avec
la réalité. Le lavis, la plume, et le crayon sont privilégiés pour dessiner.
L'interaction de la tâche liquide et de la trace graphique me semble approprié
pour susciter l'imaginaire et une pensée encore inconsciente. La qualité
organique du lavis et le passage du crayon gras affecté par l'humidité du papier
offrent des surprises et stimulent l'improvisation. La peinture et le dessin ne
sont pas pour moi la concrétisation d’une idée ou le support d’un message
préétabli; c’est le lieu d’une possible émergence à la fois matérielle et
spirituelle qui intègre le monde dans lequel je vis. C’est un moyen pour le
penser et y participer.